C'est tout l'enjeu d'une réunion qui se tiendra au mois de septembre prochain à Marseille. Scientifiques et représentants de l'État débattront de l'éventuelle prolongation du moratoire observé depuis dix ans sur la pêche au mérou.
Ami ou prédateur : tout l'enjeu d'un débat
Depuis qu'il est protégé et qu'il profite aussi d'un réchauffement de l'eau de mer, le mérou commence à repeupler les fonds sous marins. Mieux encore, les naissances s'effectuent maintenant dans les eaux azuréennes et non plus au long des côtes d'Afrique du Nord.
Autant d'aspects positifs auxquels sont sensibles les amoureux de la mer.
Ainsi, pour Frank Bruno et son club « Cabochard Plongée » situé aux iles Lavezzi, réserve naturelle dans le sud de la Corse, « les plongées mérous sont un véritable pélerinage pour tous les amateurs de gros poissons. Dans certains lieux, on peut rencontrer jusqu'à quarante individus d'un seul coup. Il faut cependant être très attentif à sa population grandissante en certains points comme dans les Bouches de Bonifacio. Un jour, j'ai découvert une langouste entière d'environ deux kilos dans le ventre d'un mérou capturé au filet et vidé par un pêcheur professionnel, impressionnant non ? ».
S'il s'en prend ainsi aux langoustes, le mérou ne risque-t-il pas de devenir un dangereux prédateur ? C'est la question qui se pose en filigranne de l'interdiction de chasse aux mérous bruns qui doit expirer à la fin de cette année.
Laurent Maure, chasseur sous-marin mentonnais réputé, en est persuadé. Il est favorable à la levée de l'arrêté de protection :
« Il faut de nouveau en autoriser la chasse, car c'est un prédateur qui, de plus, se trouve en surnombre sur toute la Côte. L'idéal serait d'imposer un quota d'un mérou par jour et par chasseur, sachant que, de toute façon, les belles prises ne sont réservées qu'aux bons chasseurs capables de plonger à 20 mètres de profondeur ».
Mais les avis divergent et Anselme Truglio, prud'homme de pêche à Beaulieu-sur-Mer est, en revanche, favorable à sa protection. « Il est impensable, en effet, qu'à l'instar de beaucoup d'autres, cette espèce disparaisse. »
La Fédération française d'études et de sports sous-marins défend le même point de vue avec des arguments supplémentaires : « Face à la raréfaction du mérou brun, nous sommes bien évidemment favorables au maintien de l'interdiction de sa pêche. Et pour que la protection de l'espèce soit encore plus efficace, il faut étendre l'interdiction aux pêcheurs à la ligne."